Jacques-Rémi Dahan : Le peintre et le poète : Jules Ziegler et Victor Hugo
à travers leur correspondance

Communication au Groupe Hugo du 11 avril 2026
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Étudier à travers leur correspondance les étroites relations amicales du peintre Jules Ziegler avec Victor Hugo, de leur jeunesse respective à l'exil, semble une gageure : tandis qu'aucun des nombreux biographes du grand homme ne cite même le nom du peintre, c'est à peine si les spécialistes de l'artiste mentionnent brièvement celui de Victor Hugo. Par conséquent, ne s'agirait-il pas d'une vue de l'esprit ? Nous n'en croyons rien, encore que cette réticence historiographique ne manque pas d'interloquer.

Avant d'en venir aux lettres elles-mêmes, sans doute faut-il préciser les circonstances de la rencontre des intéressés et pour cela dire quelques mots de la jeunesse de Jules Ziegler.

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I – Premières années

Originaire de Langres, Jules Claude Ziegler[1] naît en 1804 du mariage de Jean-Jacques Ziegler (1775-1830), un marchand de tissu mulhousien établi à Langres, et de Suzanne Cosson (1775-1841), issue d'un milieu de propriétaires terriens aisés.

D'abord confié aux soins d'un curé de campagne qui s'émerveille de ses dessins d'enfant, Jules Ziegler est ensuite élève au collège de sa ville natale où il côtoie le futur Girault de Prangey, Jean-Félix Luquet[2] et Pistollet de Saint-Ferjeux[3], et fréquente parallèlement l'école de dessin. Ses parents l'envoient conclure ses études secondaires au collège royal de Nancy. En classe de rhétorique en 1821, il remporte le premier prix de dessin, laissant déjà deviner où l'entraînent ses goûts et ses talents personnels. (voir image) Après qu'il a reçu l'année suivante son diplôme de bachelier ès lettres, il gagne Paris afin de faire son droit à la Sorbonne où il prend sa première inscription le 7 novembre 1822.

 

II – La jeunesse

Les études juridiques de Jules Ziegler, pour lesquelles il n'éprouve qu'un faible intérêt, se déroulent de manière à satisfaire sa famille : en 1825, il est bachelier en droit ; en 1826, il obtient sa licence, révérencieusement dédiée à ses père et mère. (voir image)

Oui mais, une fois sa peau d'âne obtenue, il n'est plus guère question pour Jules Claude d'embrasser la carrière du barreau. Dans ses lettres à son père, on observe l'évolution de sa résolution ; dès le 4 juillet 1825, il est catégorique :

Le goût que j'ai pour les arts m'entraîne. C'est une passion que je ne suis pas maître de conduire, elle fait par moments mon bonheur et le ferait toujours, si le désir de faire de moi un mauvais avocat, un gueux d'avoué ou un triste notaire ne m'avait placé sur une route contraire à mes inclinations, contraire à ma bonne foi, contraire à mon caractère plus indépendant et peut-être plus bouillant qu'on ne le pense[4].

Il a pris le parti d'entrer, conjointement à ses études de droit, « dans un atelier chez un grand maître » : celui-ci est le peintre d'histoire François-Joseph Heim (1787-1865), futur membre de l'Académie des beaux-arts (1829).

Ce peintre, aujourd'hui presque oublié, est alors en grâce. Au Salon de 1824, ses toiles, que Ziegler a certainement vues et appréciées, ont remporté un vif succès : La Prise du temple de Jérusalem par les Romains[5] est acquise par le ministère de la Maison du roi (voir image). Ziegler n'aurait néanmoins travaillé dans son atelier que quelques semaines.

 

De 1825 à 1826, Jules Claude se partage en effet entre la Haute-Marne et Paris. Deux raisons à cela : des troubles de la vue qui pesèrent fréquemment sur son activité artistique, non moins que la nécessité de convaincre son père du caractère irrésistible de sa vocation et celle d'assurer financièrement sa vie parisienne.

De retour dans la capitale à l'automne de 1826, il intègre cette fois l'atelier de Jean-Dominique Ingres (1780-1867), maître de la peinture néoclassique (voir image).

 

III La rencontre de Victor Hugo

On présumerait volontiers que l'atelier d'Ingres permit à Ziegler de nouer des liens avec la jeune peinture comme avec la jeune littérature. Ce serait une erreur chronologique, car parisien depuis 1822, Ziegler n'avait pas attendu de fréquenter les ateliers pour entretenir des relations avec les artistes et les auteurs, rencontrés au hasard des salons et des expositions.

On ignore au juste comment il rencontra Victor Hugo qui, malgré son jeune âge, n'est plus dans les années 1820 un inconnu : de deux ans l'aîné de Ziegler, Hugo est déjà le poète fameux des Odes et Poésies diverses (1822), dont certaines ont marqué l'opinion comme l'ode sur la mort du duc de Berry ou celle sur la naissance du duc de Bordeaux (1820) ; il est enfin le romancier de Han d'Islande (1823).

Plus important peut-être, Victor Hugo est depuis l'été 1823 à la tête de la revue La Muse française (juillet 1823-juin 1824), dans laquelle se définit le romantisme et à laquelle participèrent Charles Nodier, Alfred de Vigny, Émile Deschamps, Alexandre Soumet, Alexandre Guiraud, etc.

Jules Ziegler assista-t-il à quelques-unes des réunions du « cénacle de La Muse française » ? Bien qu'aucun témoin ne cite son nom, sa présence n'est pas une complète improbabilité. « On lisait beaucoup alors dans les ateliers » se remémore Théophile Gautier. « Les rapins aimaient les lettres et leur éducation spéciale les mettant en rapport familier avec la nature, les rendait plus propres à sentir les images et les couleurs de la poésie nouvelle[6]. »

Le premier billet connu de Ziegler à Victor Hugo est daté du 30 octobre 1824, alors que Ziegler est encore étudiant en droit ; il reste tout à fait énigmatique.

J'avais à vous consulter sur une affaire toute particulière. Il s'agit d'une reconnaissance, il fallait votre intervention, on me pressait pour vous – pour un dernier jour –. Je vous ai fait dire que j'avais à vous parler – vous pouviez écouter ma minute, c'est peut-être dommage – mais cela ne me regarde pas[7].

Nul n'a élucidé sur quoi portait la sollicitation de Ziegler. On s'interroge sur la phrase « Il s'agit d'une reconnaissance », où le mot reconnaissance revêt une importance majeure puisqu'il est souligné. Or, sans qu'on ait à forcer le texte, on ne saurait ignorer que le mot reconnaissance signifie en particulier l'acte par lequel on reconnaît être le père ou la mère d'un enfant naturel. Quoique cette notion ne semble ici reliée à aucune réalité, on la retrouve étonnamment par la suite au cœur de plusieurs lettres du portefeuille que nous parcourons. Ce qu'on remarque par ailleurs, c'est la franche liberté de ton que s'autorise Ziegler avec Victor Hugo, qui dénote indéniablement la proximité.

 

IV Les premières œuvres de Ziegler

En 1825-1826, Ziegler est à la fois étudiant en droit – et artiste. Dans les années qui suivent, il est un jeune artiste impécunieux.

À la fin de 1825, il fit imprimer « un petit volume[8] renfermant l'indication de tous les cours publics professés à Paris et l'analyse de ces cours, « ouvrage très succinct […] qui manquait alors aux jeunes étudiants qui débutent à Paris. »[9] (voir image)

On doute que ce livret à usage pratique lui ait procuré une grande aisance. Attirons toutefois l'attention sur l'initialisme « J. Z. » qui figure en place du nom d'auteur.

Le 1er septembre 1829 ouvrit à l'étage de la galerie Colbert, à Paris, un Musée Colbert, favorable aux jeunes talents. Ziegler y expose quelques tableaux de petit format, études ou esquisses, sur lesquels on est mal informé, très différents toutefois quant au sujet de ce que fut son œuvre ultérieure : Henri II et Diane de Poitiers, Charles VII lisant son bréviaire sur les genoux d'Agnès Sorel, Louis XIV à quinze ans, Jeune femme chinoise à sa toilette, Sultanes et favorites dansant dans le harem devant le chef des eunuques noirs[10] Ces juvenilia furent probablement achetés par des amateurs, français ou britanniques ; on en a perdu la trace ou peu s'en faut[11].

Ce sont sans doute les amis romantiques qu'il côtoie, au Musée Colbert et ailleurs, qui introduisent Ziegler dans le petit monde des revues littéraires et lui ouvrent des sources nouvelles de revenu, car une planche exécutée d'après le dessin d'un artiste et imprimée à plusieurs centaines d'exemplaires est à la fois un titre de notoriété et un ouvrage dûment payé par la publication qui l'insère.

La première forme pratiquée est la caricature, genre bien éloigné de la prestigieuse peinture d'histoire qui fera sa renommée. On en recense deux manifestations : en 1825, une scène humoristique de salle des ventes, C'est bien entendu, Messieurs ? à huit mille francs l'esquisse ! (voir image) ; en 1830, une planche en couleur intitulée Quinze degrés[12] – comprendre 15° au-dessous de zéro. (voir image)

La planche porte-t-elle le nom de Ziegler ? Eh bien non, comme si l'auteur préférait ménager le patronyme familial. Il signe… Gised – transcription phonétique de l'initialisme par lequel il signait, cinq ans plus tôt, son Almanach des cours publics et particuliers. Cette signature a d'ailleurs égaré la critique ; si Stéphane Guégan, dans sa thèse inédite[13], attribue sans hésitation la planche à Ziegler, nombre de catalogues de grands musées du monde continuent à en faire hommage à l'obscur Gised[14].

Pour ses autres lithographies publiées en 1830-31, Ziegler s'oriente plutôt vers le genre fantastique, alors très en vogue et brillamment pratiqué par certains artistes amis des auteurs romantiques, tels Louis Boulanger, les frères Devéria et les frères Johannot qui furent ses compagnons au Musée Colbert.

Le 15 avril 1830, La Silhouette publie Lecture des contes fantastiques (voir image) ; puis le 13 mai, Le Moine (voir image), illustrant un conte horrifique d'Hippolyte Auger. Enfin en septembre 1831, la revue L'Artiste donne une légende rédigée et illustrée par Ziegler lui-même, Martini Cirapa[15] (voir image), située à Venise où Ziegler effectua un séjour en 1830.

Venise, vraiment ? Les connaisseurs auront identifié Chirapa, le héros faustien d'une fable traditionnelle langroise[16] : on ne s'étonne pas que Ziegler, pour son unique fiction connue, recoure au légendaire de sa cité natale.

 

Deux incursions de Ziegler dans le petit monde des illustrateurs romantiques valent encore d'être signalées :

La première, non signée[17], est en 1830 sa contribution à l'édition Lefebvre et Cie des Œuvres complètes d'Hoffmann. (voir image) En choisissant d'illustrer cette nouvelle édition des contes fantastiques de l'écrivain allemand, Ziegler concourt sciemment à un engouement littéraire et artistique qui a profondément imprégné la doctrine romantique.

La seconde (voir image) (voir image) est au printemps de 1834 une suite[18] de douze dessins au trait gravés à la manière de John Flaxman d'après le poème Eloa ou la Sœur des anges d'Alfred de Vigny (1824), en hommage à la princesse Marie d'Orléans (1813-1839), deuxième fille de Louis-Philippe, mécène et sculptrice elle-même. Quoique tirée à petit nombre, la suite de Ziegler a durablement impressionné les contemporains.

 

Peut-être s'étonnera-t-on que nous paraissions nous éloigner de Victor Hugo. À la vérité, ce n'est pas le cas, car le milieu littéraire et artistique que nous venons de survoler, dans lequel s'est immergé Ziegler, est celui-là même dans lequel évolue, vit et écrit Victor Hugo.

J'en reviens d'ailleurs à l'écrivain. Voici la deuxième pièce de leur correspondance, qui émane cette fois de Victor Hugo :

J'ai bien regretté, Monsieur, d'avoir été absent aujourd'hui : c'est toujours une agréable fortune pour moi qu'une occasion de vous voir. Nous ne répétons pas jeudi (après-demain). Si vous êtes libre, venez entre midi et une heure. Je serai aux ordres de votre crayon toute la journée[19].

Le 9 février d'une année non précisée, Hugo exprime donc à Ziegler son regret de ne s'être pas trouvé chez lui lors du passage du peintre et lui propose de reporter sa visite au surlendemain. Quoi de plus banal ? C'est un billet de pure politesse, bien que le prétexte invoqué pour ce report et l'allusion au crayon de l'artiste ne laissent pas de piquer la curiosité : « Nous ne répétons pas jeudi (après-demain). »

Ce 9 février est celui de l'année 1830 : par conséquent, les répétitions auxquelles il est allusivement fait référence sont celles du drame d'Hernani, dont la tumultueuse première – la fameuse bataille – doit avoir lieu le 25 février 1830 ; l'invitation de Hugo porte sur le 11 février, deux semaines plus tôt.

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Et voici qu'on découvre, sous cette date du 11 février 1830, un extraordinaire portrait. Il s'agit d'un dessin sur papier au crayon graphite, à la pierre noire avec rehauts de craie blanche, d'un format de 17,5 x 14,4 cm. En bas et au centre, au crayon, les initiales ornementées « V – H. » ; en bas à droite, toujours au crayon : « J-Z / le 11 fevri / 1830 ».

Par bonheur, ce précieux dessin a été acquis en 2013 par le Musée de la Vie romantique et trouve un sûr asile dans ses collections[20].

Ce n'est donc pas une simple visite que Hugo accorde à Ziegler, mais une véritable séance de pose. Ce portrait est un des plus anciens connus du grand écrivain, et certainement un des plus remarquables. (voir image)

Ziegler n'appartient pas aux combattants de la bataille d'Hernani ; il reste que Hugo l'a convaincu de l'importance historique et littéraire de son œuvre ou que Ziegler souhaite marquer son engagement dans la légion romantique, puisque le billet suivant, en mai ou juin 1830, est la demande de deux billets – « 2 balcons s'il vous plaît »[21] – pour la représentation d'une pièce qui ne peut être qu'Hernani. (voir image)

 

V Les années 1830

La vie et la carrière de Ziegler connaissent dans les années 1830 plusieurs bouleversements majeurs. L'éventuelle interaction des deux hommes relativement à ces épisodes restant mal documentée, force est de se contenter de quelques détails concernant Ziegler seul.

Cette année 1830, Ziegler effectue un voyage en Italie qui se limite à Venise et dont il rentre par l'Allemagne[22] et la Belgique.

À son retour, il apprend qu'a disparu à Soyers le 13 novembre 1830 Jean-Jacques Ziegler père. La circonstance est douloureuse ; néanmoins la fratrie se partageant un coquet héritage, Jules Ziegler accède à l'émancipation à laquelle il aspire depuis longtemps.

Le 1er mai 1831, événement d'importance, Ziegler participe pour la première fois au Salon organisé au Louvre par l'Académie royale de peinture et expose trois œuvres : deux études en petit format, une Venise vue de nuit avec effet de clair de lune (2867) (voir image)et un Souvenir d'Allemagne (2884), réminiscences de son voyage de l'année précédente ; en grand format, une Scène de la vie de Henri IV[23] représente Henri de Navarre qui, ayant reçu une lettre de son cousin Henri III lui révélant que son épouse Marguerite de Valois est en trop bonne intelligence avec le vicomte de Turenne, un de ses capitaines, ne trouve rien de plus juste à accomplir que de leur en donner lecture à tous deux. Par le choix du sujet, la peinture rappelle certaines œuvres exposées au Musée Colbert comme La Mort de Henri II, mais le caractère un peu scabreux de la scène priva peut-être Ziegler d'un entier succès critique.

Malgré les censures, les œuvres présentées attirèrent sur un artiste encore peu connu l'attention de critiques renommés qui lui consacrèrent des notices développées. Au reste, la vue de Venise fut achetée par le roi Louis-Philippe[24].

Le Salon de 1831, où Ziegler est remarqué, est l'origine de sa fortune professionnelle.

 

L'épisode suivant va permettre, au-delà des apparences, de retrouver Victor Hugo.

À la fin de l'hiver 1832-1833, Alexandre Dumas, qui n'était pas encore l'illustre romancier des Trois mousquetaires (1844) mais déjà le dramaturge d'Antony (1831), décida de donner un bal costumé, qui eut lieu le 30 mars 1833 et marqua les esprits.

Dans ses souvenirs, Dumas rend hommage à un grand nombre des amis peintres qui s'employèrent à la décoration de l'appartement. Il dispose en quelques mots de Jules Ziegler, qui ne fut pas de ses intimes et serait arrivé dans les derniers parmi les décorateurs improvisés.

On ne comptait pas sur lui, mais on avait prévu le cas : un panneau avait été laissé en blanc. Ce panneau lui fut donné pour y faire une scène de La Esmeralda[25].

Figurant dans la première salle, la peinture de Jules Ziegler représentait donc l'héroïne de Notre-Dame de Paris, le roman publié par l'ami Hugo en 1831, avec un énorme succès : huit éditions s'étaient succédé en deux ans.

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Ce n'est pas un banal portrait qu'avait exécuté Ziegler, mais la peinture d'une rencontre de la bohémienne avec le beau capitaine Phœbus, « composition exquise dont l'ébauche est un chef-d'œuvre[26] » jugeait une revue du temps. Jules Ziegler était en personne présent à la soirée, costumé en Cinq-Mars – hommage cette fois à Alfred de Vigny.

À la fois par sa tenue vestimentaire et par le décor réalisé, Ziegler marquait son allégeance aux deux maîtres de la poésie romantique – Hugo et Vigny – dont les médaillons ornaient la porte de la première pièce encore que ni l'un ni l'autre n'assistassent au bal.

La participation de Ziegler au bal de Dumas marque son intégration définitive au mouvement romantique, dont un an plus tard, l'édition de ses gravures pour Éloa devait constituer l'apogée – et peut-être aussi le terme.

 

VI Ziegler, peintre du roi Louis-Philippe

Nous avons évoqué plus haut le Salon de 1831 : deux années s'écoulèrent après cette première expérience au succès mitigé.

Au Salon de 1833, Ziegler exposa trois grandes œuvres, parmi lesquelles Giotto dans l'atelier du Cimabué[27] (n° 2448). (voir image)

Cette fois, le triomphe est éclatant : Giotto est l'un des tableaux les plus fêtés de l'exposition. Il est acheté par le roi et exposé au musée du Luxembourg.

En 1834, Louis-Philippe assigne au peintre la mission d'aller étudier les techniques des vitraillistes allemands, à Munich en particulier où un établissement a été fondé sous l'égide du roi de Bavière[28]. C'est là une grande expédition, d'étude et de découverte[29]. Or dans ses préparatifs, Ziegler songe avant même de préparer sa malle à se procurer… un compagnon de voyage, en la personne de Victor Hugo !

Comme je suis indemnisé fort largement de mon voyage je vous offre, si vous voulez venir me trouver à Strasbourg où je resterai 6 jours, je vous offre une place dans la voiture que je louerai et je m'engage à vous faire faire le voyage sans aucuns frais de transport à partir de Strasbourg. Je vous ramènerai jusqu'à Paris. Si vous n'avez pas d'argent disponible à l'heure du départ je vous ferai toutes les avances pour votre dépense personnelle. Ne croyez pas que je pense vous offrir quelque chose digne de vous, c'est de ma part plutôt un trait d'égoïsme. Je rapporte à moi tout le plaisir d'un voyage fait ensemble.

Vous pourriez travailler, penser, écrire, vous rafraîchiriez vos yeux fatigués (j'ai trouvé vos yeux fatigués), vous verriez de beaux fleuves, de beaux coteaux, de beaux vieux châteaux, de belles galeries, de beaux vitreaux et encore de belles jeunes filles et de belles fleurs. Strasbourg, Mayence, Francfort, Vurtsbourg, Nuremberg, Ratisbonne, Munich, nous reviendrons par où vous voudrez[30].

Hugo déclina l'offre, laissant ainsi échapper l'aubaine de recueillir cinq ans plus tôt les données du Rhin ; mais la proposition elle-même traduit une intimité peu banale, quoiqu'on ne dispose pas toujours des documents qui l'attesteraient. Preuve en est un billet à la date indéterminée (1832-1848) dont Ziegler accompagne à destination d'Adèle, épouse de son ami Victor, un de ses portraits – lithographique ou photographique.

J'ai promis de vous faire voir mon serviteur avec sa barbe[31]. J'ai l'honneur de vous l'adresser avec un papier que renferme cette lettre. Veuillez je vous prie le remettre à M[onsieu]r V. Hugo (le papier)[32].

On admettra sans peine que pareil présent ne s'adresse pas à une vague relation, mais à un proche, presque un membre du cercle familial.

 

La carrière artistique de Ziegler est à son zénith à partir de 1835 : par les grands tableaux d'histoire et de religion qu'il a présentés au Salon entre 1833 et 1839 (voir image) (voir image) (voir image)et bien sûr par la réalisation controversée de la coupole de la Madeleine (1835-1838) (voir image).

Mais s'il est un peintre, Ziegler continue d'être un lecteur – de Victor Hugo tout au moins. Au début de novembre 1835, il complimente l'écrivain pour son drame Angelo, tyran de Padoue[33] et pour ses poésies des Chants du Crépuscule[34], qu'il affirme avoir dévorées en une nuit.

J'ai lu vos Chants du Crépuscule hier, jour et nuit jusqu'à ce matin, et à présent je vous écris prenant pour prétexte de vous remercier du plaisir que j'en ai éprouvé ainsi que de l'envoi et de la lecture d'Angelo. Mais au fond j'obéis à un mouvement indéfinissable de sensibilité vivement excitée et à l'impulsion d'un attachement profond. Mes fibres les plus intimes sont remuées d'admiration et de souvenirs, je me soulage l'âme en vous adressant une syllabe des innombrables pensées qui se sont réveillées en vous lisant[35].

Eu égard à la date de sa lettre, Ziegler compte parmi les tout premiers lecteurs du nouveau recueil hugolien.

 

VII L'affaire Eugénie Drouet

Que sait-on de la vie privée de Jules Ziegler ? Peu de chose, très peu de chose en somme.

Ziegler, s'il ne s'imposa pas une existence d'anachorète, se voua au célibat afin de consacrer sa vie à l'art. Dans un carnet de 1833, il note :

« On s'habitue bien vite à ne pouvoir se passer d'une femme avec qui l'on mange et l'on couche chez soi, alors il est très difficile de s'en séparer, même lorsqu'on ne l'aime plus et qu'elle vous est à charge.

C'est dangereux. La femme est la fin de bien des hommes, voués aux plus belles destinées par la capacité de leur crâne et l'étendue de leur cerveau. »[36]

En raison de cette défiance invétérée pour l'état conjugal, ses amours furent passagères.

Sa gouvernante Suzanne Goy fut à ses côtés de 1836 à 1856. La relation de Ziegler avec celle qui fut un modèle de photographie (1852) avant de devenir sa légataire fut-elle plus étroite qu'on ne le présume ? Peut-être[37].

Vers 1844, une éphémère liaison avec la volage Louise Pradier[38]… Mais auparavant ?

Auparavant il y eut Eugénie Constance Drouet (1816-1850).

Drouet, comme Juliette, la fameuse maîtresse de Victor Hugo ?

Eh bien oui, Eugénie Drouet, dessinatrice, n'est autre que la jeune cousine germaine de Julienne Gauvain, plus connue sous son pseudonyme de Juliette Drouet ; Eugénie est la filleule de Juliette et la camarade de pension de sa fille Claire Pradier (1826-1846).

Vers le milieu des années 1830, Eugénie Drouet fut la maîtresse de Jules Ziegler. Combien de temps, on l'ignore. Elle fut ensuite du milieu des années 1840 à sa mort la compagne d'un autre artiste, le sculpteur Victor Vilain (1818-1899), élève de James Pradier et de Paul Delaroche, qui l'aurait épousée en décembre 1848[39].

En 1847, Eugénie Drouet se préoccupe de faire reconnaître par Ziegler un garçon, Jules Charles – on notera le prénom – né le 18 juin 1836.

 

La première lettre connue sur le sujet est celle de Ziegler à Victor Hugo, le 16 mai 1847. Il prie Hugo d'être son intermédiaire auprès d'Eugénie Drouet et de lui faire tenir la lettre accompagnant ce billet[40]. Il lui exprime à mots couverts son regret, non moins que son refus catégorique de légitimer l'enfant.

Vous connaissez Eugénie Drouet, elle me l'a dit. Voici une lettre à laquelle manque le n° je vous prie de l'ajouter et de la mettre à la poste après l'avoir lue[41].

L'affaire est assez grave pour que vous sentiez le désir que j'ai de vous la faire connaître [:] il s'agit d'une destinée à laquelle j'aurais aimé, à laquelle j'eusse été heureux d'avoir droit de fondre la mienne. Il n'en est rien. J'ai 43 ans, j'ai passé l'âge du mariage auquel j'ai renoncé. Lisez cette lettre, vous comprendrez des douleurs que vous ignorez. Pour vous confier ceci il faut tenir bien fort à votre estime et compter sur votre discrétion et en même temps croire que vous avez p[ou]r moi un peu de la profonde amitié que vous m'avez inspiré [sic] et que nulle distance ne saurait effacer[42].

Ziegler ne revient pas sur sa décision. On suit le déroulement de la vie difficile d'Eugénie et de son fils à travers les lettres de Juliette Drouet, qui les a pris sous sa protection. Juliette accorde en juin-juillet 1846 des séances de pose au jeune Victor Vilain qui a précédemment exécuté un buste de sa fille Claire Pradier[43] (1826-1846) (voir image) ; elle reçoit à dîner Eugénie et son fils en mai 1847[44], s'inquiète après une chute de ce dernier en janvier 1849[45]… Elle invite encore le couple Eugénie et Victor Vilain à se joindre à Victor Hugo, à son fils François-Victor et à elle-même lors d'une escapade à Rouen en juin 1849[46].

Cependant Eugénie est malade, son état de santé se détériore. Transportée à la maison de santé Dubois, faubourg Saint-Denis, elle meurt – probablement le 22 octobre 1850 – d'un œdème généralisé (hydropisie). Elle est inhumée le 24 au cimetière Montmartre.

Le 7 novembre, Victor Hugo qui signe « Votre vieil ami » transmet à Ziegler les ultimes volontés d'Eugénie.

La personne qui m'envoie cette lettre pour vous la faire parvenir est une mère dont la fille est morte[47]. Il s'agit d'un pauvre enfant, et c'est la vieille aïeule au bord de la tombe qui me prie, et c'est la femme morte couchée dans sa fosse qui vous supplie.

Au moment où elle a su qu'elle était condamnée à mort, Mme Eugénie Drou[e]t a écrit ceci pour vous. A un pareil instant on dit vrai. Quant à moi, je la crois ; j'en croyais déjà ce sourire de l'enfant qui vous ressemble ; j'en crois à jamais la parole de cette mère qui a dit son dernier mot et qui ne parlera plus.

C'est à Dieu maintenant qu'elle recommande son fils dans le ciel pendant que je vous le recommande sur la terre[48].

La réponse de Ziegler est si extraordinaire dans son obstination qu'elle mérite d'être citée largement.

J'ai encore présente à l'esprit notre conversation sur le sujet dont aujourd'hui vous me parlez si chaudement, si éloquemment. Combien j'ai désiré avoir un fils malgré tous les motifs que j'avais de ne pas croire à celui-ci… Il y eut un jour où je l'accueillis – où je lui trouvai dans ma petite maison, sa chambre où je mis son lit, sa petite garde-robe… Je sentais que je m'aveuglais sur le passé, je voulais croire, j'étudiais l'improbable afin de découvrir le possible. J'y ai mis le temps, croyez-moi, et je suis resté convaincu que cet enfant était du bout des cheveux au bout de l'orteil le fils d'un homme dont je tais le nom et la profession mais que j'ai assez connu pour affirmer la ressemblance éclatante. Dans cette épreuve cruelle je n'ai trouvé aucun des caractères génériques de ma famille, caractères tels qu'il y a deux ans un médecin qui revenait en France après 23 ans d'absence m'a arrêté aux Tuileries en me demandant si je n'étais pas le fils de m[onsieu]r Ziegler de Langres que ce médecin avait connu et dont il vénérait la mémoire etc… Cette transmission de ressemblance se retrouve dans des portraits qui ont 300 ans, elle est telle que mes neveux eux-mêmes seraient reconnus par ceux qui me connaissent. Les jambes, la forme particulière du jarret sont ainsi que les dents des caractères qui n'ont jamais varié pendant une suite de générations. Si cette ressemblance que j'ai tant désirée, tant cherchée, n'avait failli que par la mère, j'étais tout prêt à le reconnaître et à donner place dans mon affection aux traits qui m'eussent rappelé cette mère. L'examen m'a démontré au contraire que certains caractères génériques, caractères de race, n'étaient ni des miens ni de la mère mais bien d'un certain autre qui, lui, s'y reconnaîtrait comme dans un miroir, comme je l'ai reconnu ! J'en ai assez souffert[49].

Jules Charles Drouet, qu'on reconnaît généralement pour le fils unique de Jules Ziegler, est en 1856 domicilié à Neuilly, chez sa grand-mère et tutrice Françoise Marchandet-Drouet. Il se déclare sculpteur – comme son père de substitution Victor Vilain. Engagé le 14 janvier 1856 à la mairie de Neuilly, il est dirigé vers le 56e de ligne[50]. À la disparition de sa grand-mère en 1858, il est institué son héritier[51].

Par la suite, sa trace se perd.

 

VIII Ziegler, Hugo, l'Académie et la politique

La politique n'est pas étrangère à Ziegler. Bien qu'il se soit satisfait du régime de Juillet, il salue avec enthousiasme la Révolution de 1848 (22-25 février) et prend en charge la sauvegarde des œuvres d'art de la capitale[52]. En qualité de peintre, il participe en outre au concours ouvert par le gouvernement pour donner un visage à la République toute neuve en insistant sur sa force morale[53].

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Hélas ! aucun artiste ne fut déclaré vainqueur du concours auquel participaient aussi Daumier et Gérôme. Faible consolation, Ziegler eut l'honneur d'appartenir aux suppléants des finalistes de juin[54].

Au printemps 48, Ziegler présenta sa candidature aux élections à l'Assemblée constituante et adressa le 16 mars sa profession de foi à ses concitoyens haut-marnais :

La République, c'est l'accord de tous les intérêts, de tous les droits. C'est la charité universelle. C'est le concours de tous pour le bien de chacun. C'est l'ensemble des efforts de chacun pour le bonheur de tous.

Soyons vraiment républicains, nous serons bons, nous serons braves. Nous aimant, nous respectant les uns les autres, nous serons aimés et respectés par les nations qui attendent pour nous juger[55].

Ces nobles déclarations ne suffirent pas à emporter l'adhésion des électeurs de 1848[56] ; l'activisme déployé par Ziegler n'en fléchit pas pour autant.

 

Victor Hugo quant à lui avait été reçu à l'Académie française par Narcisse de Salvandy le 3 juin 1841. Ziegler, absent de la réception, ne s'était pas contenté d'applaudir par lettre mais déclare à Victor avoir inséré à ce sujet « quelques mots » dans le quotidien de Jules de Girardin La Presse[57]. Selon toute apparence, ces mots non signés sont ceux qui introduisent le 4 juin la publication intégrale du discours du nouvel académicien. Ils en prolongent le paragraphe final « où le discours académique se mue en discours électoral »[58] : moins un exposé laudatif qu'une prière adressée à Louis-Philippe de reconnaître le caractère éminemment politique de la personne de Victor Hugo et de l'élever à la Pairie, ou au moins une invitation aux collèges électoraux à lui ménager un siège de député.

Nous ne dirons ce soir que quelques mots de cette solennité, non moins politique que littéraire ; ce n'est pas à nous que sont réservés le soin et l'honneur de rendre compte de l'effet produit par le discours de l'auteur des Odes et Ballades, de Notre-Dame de Paris et d'Hernani, et par celui de M. de Salvandy, directeur de l'Académie française ; nous constaterons seulement que l'Institut, en ouvrant ses portes à M. Victor Hugo lui a ouvert en même temps celles du palais du Luxembourg[59], où siègent déjà MM. de Barante, Bérenger [sic], Cousin, baron Dupin, Étienne, Gay-Lussac, Kératry, le comte Molé, le comte Portalis, le comte de Saint-Aulaire, le comte de Ségur, le comte Siméon, Viennet et Villemain, dans le cas où, aux élections prochaines, il ne se trouverait pas un collège électoral jaloux de se donner un aussi illustre représentant que l'émule de l'illustre député de Mâcon ? On sait qu'aux termes de l'article 23 de la charte constitutionnelle les membres titulaires des quatre académies de l'Institut peuvent être promus à la pairie par le roi, sans être tenus de posséder aucun autre titre, de justifier d'aucune autre condition. Donc nul doute qu'après la magnifique profession de foi politique faite aujourd'hui par M. Victor Hugo il ne se trouve au moins un collège électoral qui fasse sortir son nom victorieux de l'urne du scrutin. L'Académie française qui comptait M. de Lamartine dans son sein a voulu y compter M. Hugo, il ne saurait tarder d'en être ainsi de la chambre des députés.

Ziegler, si c'est lui, est bon prophète : Victor Hugo est élevé à la dignité de pair de France le 13 avril 1845.

 

Au lendemain de la révolution de Février, après avoir repoussé le ministère qu'on lui offre dans le gouvernement provisoire et atermoyé avant le scrutin du 23 avril[60], Hugo prend la décision de se présenter à l'élection législative complémentaire du 4 juin. Se réclamant dans sa profession de foi d'une république qui « fondera une liberté sans usurpation et sans violences, une égalité qui admettra la croissance naturelle de chacun, une fraternité, non de moines dans un couvent, mais d'hommes libres »[61], il est élu le 4 juin 1848 représentant de la Seine à l'Assemblée constituante chargée de préparer la constitution de la Deuxième République, septième sur onze nouveaux députés, par 86 965 voix pour 248 392 votants[62].

Or le rôle de Ziegler dans l'élection parisienne de 1848 est établi sans ambiguïté par une carte de visite où il annonce le 29 mai à Hugo, qui s'est retiré après avoir prononcé son discours et échangé avec l'assemblée[63], qu'il sera le seul candidat de l'Association des Lettres et des Arts.

Les 5 comités ont décidé qu'un seul candidat serait proclamé[64].

Que ce candidat serait Victor Hugo.

Qu'il serait prié de le faire entendre.

Les délégués des ouvriers étant présens ont promis une adhésion immense.

Ainsi s'est réalisé[e] la 1re pensée que je vous avais exprimée[65].

Cette association comprend la Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques, qui a choisi Hugo à l'unanimité le 16 avril pour son candidat ; la Société des Gens de Lettres ; l'association des Artistes dramatiques ; l'association des Artistes musiciens ; l'association des Artistes peintres, sculpteurs, architectes, graveurs et dessinateurs. Il s'agit moins d'une société à vocation culturelle que d'une sorte de syndicat ; son poids ne saurait être sous-estimé.

Néanmoins le suffrage obtenu par Victor Hugo, à peine plus élevé que celui du huitième député – un certain Louis-Napoléon Bonaparte[66] – ne dépasse pas 35 %.

Hugo aurait-il sans l'Association, sans l'autorité exercée sur elle par Ziegler – membre du comité de l'association des Artistes peintres, sculpteurs, architectes, graveurs et dessinateurs – accédé à la députation ?

 

Par ailleurs, Ziegler occupait une place éminente dans la section française des sociétés de la Paix, organisation internationale vouée à la propagande en faveur d'une paix universelle fondée en 1843 à Londres, dans laquelle il avait peut-être introduit son ami Hugo. Celui-ci, choisi pour présider en 1849 le Congrès international de la Paix à Paris[67], prononça les discours d'ouverture, le 21 août, et de clôture, le 24 août[68]. Ziegler s'était auparavant autorisé à lui suggérer, presque à lui dicter, la forme et le contenu de ses allocutions :

Voici une pièce dont je vous prie d'avoir grand soin. Vous trouverez page 12 et 9 une note adressée au roi L. Philippe par la Société de la Paix de Londres et une autre à la Suisse. Je suis loin de vous l'offrir comme modèle, mais comme renseignement.

Je crois que la forme diplomatique ou de chancellerie est la plus prétentieuse – parce qu'elle implique une force, et un pouvoir équivalent n'ayant encore ni l'une ni l'autre. La forme persuasive, oratoire, et philosophique me semble préférable[69].

Quand on considère le personnalisme bien connu du grand Victor sous le rapport littéraire, pareille condescendance de Ziegler à son endroit – dont l'écrivain ne semble s'être nullement ému – met en lumière la révérence en laquelle est tenu le peintre.

Le 1er septembre, les membres du comité encore présents à Paris, Ziegler compris, sont reçus par le président de la République ; Victor Hugo remet à Louis-Napoléon Bonaparte une copie des résolutions du congrès et lui soumet quelques suggestions :

[Victor Hugo remit au président une copie des résolutions adoptées lors du congrès et lui adressa quelques mots dans lesquels il soulignait la nécessité absolue pour les gouvernements de s'engager dans un processus de désarmement. Pour rétablir l'équilibre des finances françaises, il devait choisir entre une forte réduction des dépenses militaires et l'imposition de nouveaux impôts qui seraient extrêmement impopulaires. Tous les gouvernements, en effet, seraient tôt ou tard contraints de choisir entre le désarmement et la faillite.][70]

À la fin d'octobre cependant, ce n'est pas Hugo, retenu en France par « la gravité des circonstances politiques », mais Ziegler, secrétaire adjoint de la section française, qui se rend au congrès de Londres[71]. Hugo, pressé par l'actualité parisienne, ne renonça qu'au dernier moment au déplacement outre-Manche, se suffisant le 21 octobre d'une lettre d'excuse[72].

 

Le coup d'État du 2 décembre 1851, suivi un an plus tard du sénatus-consulte du 7 novembre 1852, vont faire basculer la 2e République dans le Second Empire. Victor Hugo ébauche l'Histoire d'un crime[73] (1851-1852) ; il prend le chemin de l'exil pour Bruxelles où il fait paraître Napoléon le Petit (août 1852) et met sur le métier son épopée vengeresse des Châtiments[74].

Ziegler quant à lui n'émigre pas : l'amitié ancienne de Victor Hugo, semble-t-il, ne survit pas à l'épreuve. Rien n'atteste que le peintre ait abdiqué son intime foi républicaine, mais il se garde en ce cas de manifester trop clairement son opinion. Sont-ce les nécessités économiques[75] qui l'amènent, bon gré mal gré, à esquisser un rapprochement avec Napoléon III en acceptant de réaliser le tableau commémoratif La Paix d'Amiens[76] (Salon de 1853, n° 1203) ? (voir image) Il avait naguère offert au président de la république Louis-Napoléon un exemplaire de choix de ses Études céramiques[77] et – pure flagornerie ? – s'était fait photographier par son ami Hippolyte Bayard, assis dans le jardin de la maison de la rue de la Bienfaisance, tenant à la main, en abîme, la photographie officielle du prince-président par Gustave Le Gray (1852). (voir image)

Au reste il exécute peu désormais de nouveaux tableaux et se consacre essentiellement à la photographie. Vice-président en 1851 de l'éphémère Société héliographique, il en rédige les statuts où, comme l'écrit pertinemment Jacques Werren, il « décrit la société telle qu'il la rêve »[78].

Art. 13. La séance de la Société héliographique n'est autre chose, en principe, qu'une réunion agréable, où la causerie permet à chacun de choisir ses interlocuteurs. Les sociétaires sont des invités.

Art. 14. Le photographe, le peintre, le littérateur, le savant, le sculpteur, l'architecte, l'opticien, le graveur, se consultent et se rendent des services mutuels[79].

Cette société rêvée, Victor Hugo va combattre pour la faire advenir. Moins hardiment, Jules Ziegler se contente pour sa part d'attendre, d'espérer peut-être qu'elle naisse – en septembre 1870, plus de dix ans après sa mort en 1856.


[1] Claude pour l'état civil (26 ventôse an XII – 17 mars 1804), Jules ou Jules Claude pour la famille et le monde.

[2] Le futur évêque Jean-Félix Luquet (1810-1858) est probablement l'auteur de la première notice biographique de Ziegler, publiée en 1829 dans l'Annuaire ecclésiastique et historique du diocèse de Langres.

[3] Théodore Pistollet de Saint-Ferjeux (1808-1877), antiquaire et agronome, est l'auteur vers 1864 de l'article « Ziegler (Jules Claude) » dans la Biographie universelle Michaud (2e éd.).

[4] Publ. Stéphane Guégan, Jules Ziegler peintre, op. cit., p. 26.

[5] Paris, Musée du Louvre. – L'œuvre porte pour titre dans les livrets du Salon : Sujet tiré de l'histoire des Juifs, par Josephe.

[6] Théophile Gautier, Histoire du Romantisme, Paris, Charpentier, 1874, p. 4.

[7] Paris, MVH α 3639.

[8] Année scolaire 1825-1826. – Almanach des cours publics et particuliers, à l'usage de ceux qui veulent suivre les cours des écoles de droit, de médecine, de la Sorbonne, du Collége de France, du Jardin du Roi, de la Bibliothèque du Roi, du Conservatoire des Arts et Métiers, de l'École des Beaux-arts, etc., etc. ; par J. Z. Paris, Alex-Gobelet et Crevot, s. d. [1825], in-18, 90 p. (Bibliographie de la France, 17 décembre 1825, n° 7169).

[9] [Jean-Félix Luquet ?], « Notice sur M. Ziégler », Annuaire ecclésiastique et historique du diocèse de Langres, dirigé et publié, sous le patronage de Mgr l'évêque, par J.-C. Mongin, Langres, impr. de Dejussieu, 1839, p. 116.

[10] Ces titres sont empruntés aux quatre Catalogue[s] des tableaux et objets d'art exposés dans le Musée Colbert (novembre 1829-mai 1830).

[11] Jacques Werren acquit en Angleterre une toile, L'Adoration des rois mages, portant la date de 1828 (Jules Ziegler peintre-céramiste-photographe, Le Mans, Éd. de la Reinette, s. d. [2010], p. 16-17).

[12] La Silhouette, t. I, 7e livr., 4 février 1830.

[13] Stéphane Guégan, Jules Ziegler peintre, op. cit., p. 92 & 95.

[14] New-York, The Met ; London, The British Museum, 2004,0331.7 ; Paris, Maison de Balzac ; Pau, musée national du château de Pau ; etc.

[15] L'Artiste, t. II, 8e livr., s. d. [vers le 25 septembre 1831], p. 86-87. – Conte et gravure sont reproduits et commentés par Pierre Gariot, « Chirapa vénitien ? Un texte peu connu de Ziegler », Bulletin de la SHAL, t. XXV, n° 358, 2005, p. 11-13.

[16] Louis Lazary a en 1984 traduit du latin une pièce de théâtre du xviie s. qui le met en scène et relate la légende en détail : Le Lengrois Chirapa. Pièce de théâtre néo-latine d'auteur inconnu présentée et traduite par Louis Lazary. Langres, Dominique Guéniot, 1984, 109 p.

[17] Cf. Champfleury, Les Vignettes romantiques, Paris, Dentu, 1883, p. 75-77.

[18] Eloa, la Sœur des anges. Par Ziegler. Compositions au trait sur le poëme de A. de Vigny. S. l. [Paris], chez Rittner et Goupil et les principaux marchands d'estampes, 1833, in-fol., titre et 12 pl. gr.

[19] Milano, Biblioteca Nazionale Braidense, collection Puricelli-Guerra ; lettre scellée d'un cachet armorié ; publ. in : Léon G. Pélissier, « Lettres de romantiques français », Mélanges Chabaneau. Volume offert à Camille Chabaneau à l'occasion du 75e anniversaire de sa naissance (4 mars 1906) par ses élèves, ses amis et ses admirateurs, Erlangen, Fr. Junge, Libraire-Editeur, 1907, lettre vii, p. 798-799.

[20] Paris, MVR 2013.9.1. – À notre connaissance, le dessin a été reproduit une seule fois, dans le catalogue de l'exposition du Musée de la Vie romantique « La Fabrique du Romantisme » (Paris, Paris musées, s. d. [2014], p. 47, cat. 15).

[21] Jules Ziegler à Victor Hugo ; s. l. [Paris], s. d. [mai-juin 1830]. – Villequier, Musée Victor Hugo, Ms. 2615.

[22] Ziegler passe pour avoir rencontré à cette occasion le peintre Peter von Cornelius (1783-1867), représentant du mouvement nazaréen et directeur de l'Académie des beaux-arts de Munich, qui l'aurait initié à la technique de la fresque.

[23] Exposé peu de jours avant la fermeture du Salon, le tableau ne reçut pas de numéro (Musée des Beaux-Arts d'Arras, inv. 833.1).

[24] [Théodore Pistollet de Saint-Ferjeux], article « Ziegler (Jules Claude) » in : Biographie universelle Michaud, 2e éd., t. XLV, Paris, Mme C. Desplaces, s. d. [apr. 1864], p. 518. – La toile définitive n'est pas localisée ; une esquisse datée de 1830, léguée par le poète Boulay-Paty, appartient aux collections du Musée des Beaux-Arts de Nantes.

[25] Id., ibid., t. II, p. 680. – L'opéra en quatre actes La Esmeralda, sur une musique de Louise Bertin et un livret de Victor Hugo, ne fut créé à l'Opéra-Le Peletier que le 14 novembre 1836 ; quoique Dumas paraisse opérer la confusion, le panneau de Ziegler dérive en 1833 du seul roman.

[26] L'Artiste, t. V, 1833, 1e livr., p. 120.

[27] Bordeaux, Musée des Beaux-Arts, inv. Bx E 688. Envoi de l'État, 1872, transfert de propriété de l'État à la Ville de Bordeaux, 2012. – Réplique autographe, Musée d'art et d'histoire de Langres, acquise à la vente après décès de Ziegler (1857).

[28] Voir les rapports et courriers de Ziegler publiés par André Delattre, « Jules Ziegler chargé de mission du roi », Bulletin de la SHAL, t. XVIII, n° 282, 1er trim. 1986, p. 452-460.

[29] Parti de Paris le 12 juillet, Ziegler est à Strasbourg le 15 et à Munich le 24.

[30] Jules Ziegler à Victor Hugo ; s. l. [Paris], 12 [juillet] 1834. – MVH α 3636.

[31] Du portrait à la mine de plomb par Eugène Devéria (1830, BnF Est.) au portrait photographique de Nadar (vers 1854-1856, Orsay, PHO 1991 2 47), Ziegler est toujours représenté barbu.

[32] Jules Ziegler à Adèle Hugo ; s. l. [Paris], s. d. [1832-1848]. – Arch. mun. de Reims, fonds Tarbé, carton XXV, pièce 55.

[33] Paris, Théâtre Français, 28 avril 1835. – Œuvres complètes de Victor Hugo. Drames. VII. Angelo, tyran de Padoue, Paris, Renduel, in-8°, 1835, [2 f.]-vii p.-[2 f.]-184 p. (Bibliographie de la France, 16 mai 1835, n° 2668).

[34] Œuvres complètes de Victor Hugo. Poésie. V. Les Chants du crépuscule. Paris, Renduel, in-8°, 1835, [2 f.]-xviii p.-[2 f.]-994 p. (Bibliographie de la France, 7 novembre 1835, n° 5830).

[35] Jules Ziegler à Victor Hugo ; s. l. [Paris], 11 novembre 1835. – Paris, MVH α 3637.

[36] Publ. Marguerite Coffinier, Jules Claude Ziegler, 1804-1856, sa vie, son œuvre, in : Bulletin du Groupe de recherches et d'études de la céramique du Beauvaisis, n° 5, 1978, p. 174.

[37] Cf. J. Werren, « Jules Ziegler un élève oublié d'Hippolyte Bayard » (Études photographiques [en ligne], n° 12, novembre 2002, « L'"âge d'or" revisité / Alentours de Bayard », http://journals.openedition.org/etudesphotographiques/318, consulté le 3 octobre 2025), note 45 : « Mlle Goix [sic] était sa gouvernante, et probablement aussi sa maîtresse, dont il fit par testament sa légataire universelle ». Après la décision du tribunal de première instance de la Seine déboutant les héritiers Ziegler de leur demande d'annulation du testament du peintre (4 décembre 1857), Jean-Pierre Dutailly, demi-frère de Jules Ziegler, laisse libre cours à l'expression de son amertume et stigmatise les dispositions « accordant à l'esclave le prix de son service et de ses complaisances » (papiers André Delattre).

[38] James Pradier, Correspondance, éd. Douglas Siler, Genève, Droz, 1988, t. III, p. 353. – Veuve d'un architecte décédé pendant l'épidémie de choléra, la belle Louise d'Arcet (1814-1885) avait épousé en 1833 le sculpteur James Pradier auquel elle donna trois enfants ; sa vie désordonnée conduisit l'artiste à demander le divorce pour adultère en janvier 1845.

[39] Vilain est pensionnaire de l'Académie de France à Rome du 24 janvier 1839 au 31 décembre 1843 : sa relation avec Eugénie Drouet n'est donc pas antérieure à 1844. Il passe pour l'avoir épousée en décembre 1848 (James Pradier, Correspondance, éd. Douglas Siler, Genève, Droz, 1984, t. I, p. 163, n. 2), quoique la destruction des registres de l'état civil parisien interdise toute certitude.

[40] La lettre jointe de Ziegler à Eugénie Drouet ne s'est pas retrouvée.

[41] Le 18 mai, Juliette Drouet écrit à Hugo : « J'espère que tu auras enfin retrouvé tes lettres chez toi ? Quant à l'adresse d'Eugénie je crois que c'est rue du Dragon n° 9. Cependant je n'en suis pas parfaitement sûre. D'un autre côté on ne peut pas lui adresser la lettre de Ziegler chez M. Vilain. Je ne peux pas non plus me charger de la lui remettre. Car, outre les tristes informations qu'elle contient, je veux et je dois plus que jamais rester étrangère à tout ce qui la regarde. C'est plus que de la prudence qu'il faut que j'apporte dans mes relations avec elle après l'odieuse perfidie dont elle s'est rendue si gratuitement coupable envers moi. Et pourtant Dieu sait avec quel sentiment de profonde et de généreuse pitié je l'avais accueillie. » (Paris, MVH, α 7905 ; transcr. N. Savy in : Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2129, page consultée le 12 septembre 2025).

[42] Jules Ziegler à Victor Hugo ; Paris, 16 mai 1847 (aimable communication de Thierry Bodin ; Les Autographes, n° 117, avril 2006, art. 299). Voir les commentaires de Juliette : « Ziegler n'a pas donné son adresse donc tu es dispensé de lui répondre. Peut-être en effet eut-il été bon pour cette malheureuse femme et pour son enfant que tu lui parles mais la chose est manquée et il n'est pas probable que le hasard la renoue de longtemps. Je te remercie pour ma part de ta généreuse intention. » (Lettre à Victor Hugo ; 20 mai [1847], jeudi après-midi, 1 h. ½. Leeds, BC MS 19c Drouet/1847/23 ; transcr. G. Sifferlen in : Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12476, page consultée le 13 novembre 2025) ; « Tu n'as pas encore pu t'occuper d'Eugénie et de M. Z. Elle doit venir dîner avec moi tantôt et probablement qu'elle espère que tu auras déjà écrit. Je sais, moi, combien peu de temps tu as à donner à cette affaire et je regrette presque que tu te sois avancé de toi-même vis-à-vis d'Eugénie. » (Lettre à Victor Hugo ; 27 mai [1847], jeudi matin, 7 h. ¾. BnF, Mss, NAF 16365, f. 120-121 ; transcr. G. Sifferlen, in : Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2140, page consultée le 13 novembre 2025).

[43] Buste de Juliette Drouet, Guernesey, Maison de Victor Hugo – Hauteville House, 1495 ; buste de Claire Pradier, Guernesey, Maison de Victor Hugo – Hauteville House, 1496.

[44] Juliette Drouet à Victor Hugo ; 9 mai [1847], dimanche après-midi, 2 h. ¼ (BnF, Mss, NAF 16365, f. 108-109 ; transcr. G. Sifferlen in : Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2115, page consultée le 13 novembre 2025).

[45] Juliette Drouet à Victor Hugo ; 3 janvier [1849], mercredi matin, 9 h (BnF, Mss, NAF 16367, f. 1-2], transcr. Anne Kieffer, in : Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5236, page consultée le 13 novembre 2025).

[46] Juliette Drouet à Victor Hugo ; 25 juin [1849], lundi soir, 7 h. ¾ (coll. part., transcr. J.-M. Gomis, in : Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12929, page consultée le 13 novembre 2025).

[47] La mère d'Eugénie Drouet est Françoise Marchandet (1779-1858), épouse de René Henry Drouet (1774-1842), tante maternelle de Julienne Gauvain/Juliette Drouet.

[48] Victor Hugo à Jules Ziegler ; s. l. [Paris], 7 novembre 1850. – Publ. Victor Hugo, Correspondance, tome II (années 1849-1866), Paris, Albin Michel, imprimé par l'Imprimerie nationale, édité par la librairie Ollendorff, 1950, p. 15-16.

[49] Jules Ziegler à Victor Hugo ; s. l. [Paris], 7 novembre 1850. – Paris, MVH α 8684 ; fgt. publ. in : J. Werren, Jules Ziegler peintre-céramiste-photographe, op. cit., p. 49-50.

[50] Archives de Paris, 5Mi1 432.

[51] James Pradier, Correspondance, éd. Douglas Siler, Genève, Droz, 1984, t. I, p. 174, n. 4.

[52] « Partout l'ordre se rétablit. MM. Ziégler et Clément de Ris, membres du comité de l'association des artistes peintres, sculpteurs et architectes, ont fait rentrer des Tuileries dans la galerie du Musée les divers objets d'art qui leur ont été apportés. Un état en a été dressé par M. Ziégler, et des gardes ont été placés devant les tableaux de Lesueur, qu'il n'était pas possible de détacher. » (La Presse, 26 février 1848, 2e éd., p. 2c).

[53] Lille, Palais des Beaux-Arts (réserve).

[54] Voir M.-C. Chaudonneret, La Figure de la République, le concours de 1848, op. cit., p. 114-115.

[55] A mes concitoyens du Département de la Haute-Marne [signé : Ziegler aîné, 16 mars 1848]. Paris, impr. de E. Delanchy, s. d. [1848], in-4° [BnF 4-LE64-638]. – En 1848, les comités électoraux des cantons de la Haute-Marne, réunis en comité central le 9 avril à Chaumont, désignèrent sept candidats « officiels » au nombre desquels Ziegler ne fut pas retenu.

[56] Le dépouillement des procès-verbaux électoraux de 1848 révèle la défiance des Haut-Marnais à l'égard de ce candidat atypique : seuls les électeurs des cantons de l'est (Bourbonne, Laferté-sur-Amance et Varennes-sur-Amance), desquels dépend la propriété familiale de Soyers, daignèrent gratifier Ziegler d'un libre suffrage presque honorable quoique très inférieur à celui des candidats officiels (AD Haute-Marne, 27 M 26). En 1849, Ziegler renonça à faire acte de candidature ; il bénéficia cependant de deux votes libres dans la première section électorale du canton de Laferté-sur-Amance (AD Haute-Marne, 27 M 27).

[57] Jules Ziegler à Victor Hugo ; s. l. [Paris], s. d. [7 juin 1841 ?]. – Paris, MVH α 3638.

[58] Jean-Marc Hovasse, Victor Hugo. I, Avant l'exil : 1802-1851, Paris, Fayard, 2001, p. 816.

[59] C'est au palais du Luxembourg que siégeait la chambre des pairs.

[60] Voir sa lettre ouverte du 29 mars au « grand nombre d'électeurs ayant engagé M. Victor Hugo à se présenter comme candidat à l'Assemblée nationale » : « Si mes concitoyens jugent à propos, dans leur liberté et dans leur souveraineté, de m'appeler à siéger, comme leur représentant, dans l'Assemblée qui va tenir entre ses mains les destinées de la France et de l'Europe, j'accepterai avec recueillement cet austère mandat. […] / S'ils ne me désignent pas, je remercierai le ciel, comme le Spartiate, qu'il se soit trouvé dans ma patrie neuf cents citoyens meilleurs que moi. En ce moment, je me tais, j'attends, et j'admire les grandes actions que fait la Providence. » (Le Bon Conseil républicain, 1er avril 1848, p. 62-63). – Sur le comportement de Victor Hugo dans ces élections du printemps 1848, se reporter à Evelyn Blewer, « Victor Hugo, élu des lettres et des arts », in : Pratiques d'écriture, mélanges de poétique et d'histoire littéraire offerts à Jean Gaudon, dir. Pierre Laforgue, Klincksieck, 1996, p. 309-349.

[61] Victor Hugo à ses concitoyens. Belleville, impr. de Galba, s. d. (1848), in-4°, 2 p. [BnF 4-LE64-1551 (A)] ; Paris, impr. de Jules-Juteau, s. d. (1848), in-8°, 3 p. [BnF LE64-1551 & 8-LE64-1551 (B)] ; Paris, imprimé aux frais des associations réunies (impr. de E. Brière), s. d. (1848), in-8°, 3 p. [BnF 8-LE64-1551 (C) & 8-LE64-1935]. La profession de foi est datée, selon les éditions de l'affiche, du 25 ou du 26 mai 1848.

[62] Adolphe Robert, Edgar Bourloton et Gaston Cougny, Diction­naire des parlementaires français [...] depuis le 1-V-1789 jusqu'au 1-V-1889 [...]. Paris, Bourloton, 1890, t. III, p. 366.

[63] Hugo prononça le 29 mai devant les cinq comités et les ouvriers rassemblés un discours différent de sa profession de foi électorale du 26 mai, publié en appendice de celle-ci dans l'édition imprimée « aux frais des associations réunies ». Voir aussi V. Hugo, Actes et Paroles. I. Avant l'exil, 1841-1851, Paris, Michel Lévy, 1875, p. 120-137.

[64] Entre le 15 et le 18 avril, chacun des cinq comités de l'Association des Lettres et des Arts avait désigné son propre candidat : Fromental Halévy pour les Artistes musiciens ; Victor Hugo pour les Auteurs et Compositeurs dramatiques ; Alphonse Esquiros pour les Gens de Lettres ; Jean-Baptiste Delestre pour les Artistes peintres, sculpteurs, architectes, graveurs et dessinateurs ; Pierre Michelot pour les Artistes dramatiques. Un sixième comité, celui des Artistes industriels, avait nommé Jules Rozier (Revue et Gazette musicale de Paris, 23 avril 1848, p. 127). – S'il faut en croire sa profession de foi du 25 mai, Hugo, qui ne se présenta pas au scrutin du 23 avril, aurait néanmoins été honoré du vote spontané de soixante mille électeurs de la Seine.

[65] Jules Ziegler à Victor Hugo ; s. l. [Paris], s. d. [29 mai 1848]. – Paris, MVH α 3635. Au recto de la carte de visite : « J. Ziegler / 23 rue de la Bienfaisance ». Cette adresse est celle de Ziegler de 1835 à 1849 ; la renumérotation de la rue transforma ensuite « 23 » en « 47 ». – La date du 29 mai se déduit d'une lettre d'Isidore Taylor lue à la séance de la Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques du 26 mai, qui prévoit que les cinq sociétés artistiques et littéraires se réuniront le lundi suivant, 29 mai, à 3 heures, pour entendre la profession de foi électorale de Victor Hugo.

[66] Louis-Napoléon Bonaparte, futur président de la république et empereur Napoléon III, fut élu le 4 juin 1848 représentant à l'Assemblée constituante sous les prénoms moins compromettants de « Charles Louis » dans quatre départements, la Charente-Inférieure, la Seine, l'Yonne et la Corse. Il renonça à siéger.

[67] Voir Frank Hedgcock, « Victor Hugo et le Congrès de la Paix à Paris, 1849 », La Revue, vol. CIX, livr. du 1er juillet 1914, p. 1-22. Les notes de Ziegler conservées au Musée de Langres (dépôt de la SHAL, Ms. 263) renferment le compte rendu, sans date ([13 ?] août 1849), d'une séance de la société de la Paix chez le pasteur Athanase Coquerel, au cours de laquelle le bureau du congrès parisien fut constitué avec pour président « Mr Victor Hugo représentant du peuple pour la ville de Paris ». Ce dernier conclut la séance par un discours, qui se confond peut-être avec son discours d'ouverture du Congrès.

[68] V. Hugo, Douze discours, Paris, A la Librairie nouvelle, 1851, p. 16-22 & 22-25. – Pour des motifs divers, Hugo s'abstint de participer en 1850 au congrès de Francfort (L'Événement, 26 août 1850) et en 1851 au congrès de Londres (L'Événement, 27 juillet 1851) ; il présida en septembre 1869 le Congrès de la Paix de Lausanne.

[69] Jules Ziegler à Victor Hugo ; s. l. [Paris], s. d. [première quinzaine d'août 1849 ?]. – Paris, MVH α 6397.

[70] « Victor Hugo presented the President with a copy of the resolutions passed at the congress, and addressed to him a few words in which he shewed the absolute necessity in which governments were placed, of entering upon a system of disarmament. To re-establish equilibrium in the finances of France, he must choose between a great reduction of the expenses of the army, or the imposition of new taxes which would be excessively impopular. All governments, in fact, would sooner or later be compelled to choose between disarmament and bankruptcy. » (Report of the Proceedings of the Second General Peace Congress, held in Paris, on the 22nd, 23rd and 24th of August, 1849. London, Charles Gilpin, 1849, p. 119-120).

[71] Voir à son retour la lettre à Jean-Pierre Dutailly ; Voisinlieu, 28 octobre 1849 : « Les Anglais, ayant un grand meeting à Exeter Hall à Londres et ayant annoncé l'arrivée des membres de la Société de la Paix de Paris, m'attendaient depuis plusieurs jours, s'offrant de payer mon voyage et tous autres frais, tant à Londres qu'à Birmingham, Manchester et Liverpool. Mon nom est sur les affiches et c'est un engagement de plus. » (Langres, Musée d'Art et d'Histoire, dossier correspondance de Jules Ziegler).

[72] Lettre de Victor Hugo au Congrès de la Paix ; Paris, 21 octobre 1849 (L'Événement, 4 novembre 1849). La lettre publiée en France « d'après les journaux anglais » présente de légères variantes avec celle qui fut effectivement adressée le 27 octobre à Joseph Garnier, secrétaire de la section française, afin qu'il la fasse suivre « à Messieurs les membres du Comité de la Paix, à Londres » : la version initiale adopte en effet constamment la première personne du singulier, quand la version de L'Événement abrite souvent le scripteur au sein des « représentants du peuple » (F. Hedgcock, art. cit., p. 18-19). – À propos du retentissement du congrès de Londres, voir le témoignage de Frédéric Bastiat : « Pourquoi faut-il qu'un de nos grands écrivains, Lamartine, Hugo, n'ait pu assister à ce spectacle ! Ils en auraient parlé sans doute de manière à faire taire les sceptiques et les railleurs, car on n'en peut être témoin sans y puiser une foi inébranlable dans le progrès et l'avenir de la civilisation. » (« Les Meetings de la Paix », La Presse, 9 novembre 1849).

[73] Histoire d'un crime, maintes fois remaniée par l'auteur, ne parut qu'en octobre 1877.

[74] La double édition des Châtiments paraît à Bruxelles le 21 novembre 1853, alors que Victor Hugo est réfugié à Jersey depuis le 5 août 1852.

[75] Le 21 mars 1853, Jules Ziegler contracte auprès de Claude Ambroise Narcisse Jollois un emprunt de 20 000 F et hypothèque à titre de garantie la maison de la rue de la Bienfaisance (Arch. nat., MC/ET/XCI/2003). À sa mort, il est encore redevable envers son frère Adolphe de la somme de 4 708 F à valoir sur la dissolution de la société de Voisinlieu (M. Coffinier, Jules Claude Ziegler, op. cit., p. 176). – Stéphane Guégan fait en outre remarquer que les tableaux invendus du Salon de 1847 (n° 1641 : Le songe de Jacob ; n° 1642 : Judith aux portes de Béthulie) firent l'objet d'un achat par l'État sous la Deuxième République : Le songe en 1848, Judith en 1850 (« Ziégler dans l'œil des critiques », Bulletin des musées et monuments lyonnais, 1990, n° 4, p. 12-21).

[76] Amiens, Musée de Picardie.

[77] Études céramiques. Recherche des principes du beau dans l'architecture, l'art céramique et la forme en général, théorie de la coloration des reliefs par J. Ziegler. Paris, Mathias et Paulin, 1850, in-8° (Bibliographie de la France, 9 mars 1850, n° 1290). – J. Werren, Jules Ziegler peintre-céramiste-photographe, op. cit., p. 44.

[78] J. Werren, Jules Ziegler peintre-céramiste-photographe, op. cit., p. 36.

[79] « Statuts de la Société héliographique », La Lumière, 9 février 1851.