Séance du 14 mars 2026
Présents: Louise Alaime, Agathe Béchade, Marwa Belladjou, Lara Bernardo, Coralie Bourgain, Jordi Brahamcha-Marin, Gabrielle Chamarat, Linynan Cui, Marie Daubard-Perrin, Laetitia Daux, Louise Deforge Gardin, Isabelle Devieus, Aleksandra El Ghaba, Alberto José Fleitas Rodriguez, Lou Fornari, Clara Gallière, Julien Hanck, Jean-Marc Hovasse, Alice Jousseaume, Victor Kolta, Hélène Kuchmann, Jean-Pierre Langellier, Loïc Le Dauphin, Katherine Lunn-Rockliffe, Victoire Masschelier, Florence Naugrette, Hugo Pamenaele, Didier Philippot, Christine Ponsignon, Juliette Porcher, Olivier Ritz, Guy Rosa, Nicole Savy, Maxime Sayer, Clémence Théodoridès, Guy Trigalot, Esmeralda Vicente.
Excusés : Gérard Audinet, Brigitte Buffard-Moret, Émilie Gauthier, Arnaud Laster, Luciano Pellegrini, Hervé Plagnol.
Informations
Jean-Marc Hovasse commence par l’information la plus importante : Victor Kolta soutiendra sa thèse, La Tétralogie philosophique de Victor Hugo, le jeudi 28 mai 2026 en Sorbonne (à 14h, salle G043), devant un jury composé de Gérard Audinet, Delphine Gleizes, Jean-Marc Hovasse, Caroline Julliot, Olivier Ritz et Hélène Védrine.
Guy Rosa et Jean-Marc Hovasse annoncent l’autre information essentielle : le livre d’Olivier Ritz, dont ils disent le plus grand bien, comme la presse unanime du reste, Une histoire littéraire de la Révolution française, est sorti (Gallimard, coll. « Folio Histoire »). Victor Hugo y est discrètement présent, pour Quatrevingt-Treize, naturellement, mais aussi par son père Léopold.
Le nouveau livre de Victor Pavie, non moins essentiel, commenté par Guy Trigalot et préfacé par Nicolas Dufetel sous le titre Au temps du romantisme… Souvenirs angevins et parisiens (Presses universitaires de Rennes, 2026), circule dans l’assemblée ; Guy Trigalot viendra le présenter au Groupe Hugo lors d’une prochaine séance.
Victor Hugo est partout, et singulièrement en kiosque : on le voit en ce moment sur les couvertures des hors-séries du Point (Toute la littérature française en 200 citations expliquées), du Figaro (Hugo, La fureur de vivre) auquel Gérard Audinet et Jean-Marc Hovasse ont participé et qui est très réussi (dans l’absolu, mais aussi par rapport au hors-série du Figaro 2002 dont l’affiche a veillé pendant longtemps sur les réunions du Groupe Hugo à la bibliothèque Jacques-Seebacher des Grands Moulins), et enfin de L’Éléphant (Victor Hugo, La légende d’un siècle), auquel plusieurs membres du Groupe Hugo ont donné d’excellentes contributions.
Florence Naugrette est allée au théâtre des Mathurins voir Juliette, Victor Hugo mon fol amour adapté par Patrick Tudoret de son « roman » éponyme paru chez Tallandier en 2020. La pièce se joue tous les lundis à 19h ; elle l’a vu avec Marie Lussignol dans le rôle-titre, et a été très favorablement impressionnée. Juliette y est prise au sérieux ; rien à voir avec La Misérable, qui portait bien son nom,jouée par Julie Depardieu en 2025 au Théâtre Marigny.
La Maison Littéraire de Victor Hugo, à Bièvres, vient de rouvrir. Christine Ponsignon annonce que la riche et belle exposition de l’an dernier Victor Hugo et Les Misérables, de la réalité à l’idéal, est prolongée jusqu’au 29 novembre 2026.
Nicole Savy évoque la parution de l’essai de Tiphaine Samoyault, Toutes sortes de “Misérables” (Seuil, coll. « Fiction et Cie », 2026). Florence Naugrette, chargée d’en faire le compte rendu pour En attendant Nadeau, ajoute que le titre est un peu trompeur, qu’il s’agit – comme l’indique au reste le bandeau rouge du livre – d’une réflexion sur la réécriture des classiques ainsi que d’une réaction par rapport à la « cancel culture ». L’autrice est d’avis de laisser réécrire les œuvres, d’autant plus que cela n’efface pas l’œuvre originale. D’une lecture fluide, l’essai synthétise les différentes positions idéologiques autour de ce débat. Mais on n’apprendra rien de nouveau sur Victor Hugo, d’autant plus (ou moins) qu’il n’est guère question des Misérables ni de ses adaptations.
Guy Rosa et Louise Alaime reviennent sur le Balzac de Mme Victor Hugo. Ses deux intéressants articles biographiques intitulés « Honoré de Balzac » qui paraissent dans la Revue française le 10 juin 1856 (2e année, t. V, p. 241-254) et dans le numéro suivant (p. 297-310 et Gallica), signés ***, n’avaient pas été identifiés par Spoelberch de Lovenjoul, mais Roger Pierrot avait bien relevé qu’ils étaient de Mme Victor Hugo dans l'Index de la Correspondance de Balzac (t. 2, 1962) Voir le détail de l'histoire de la publication de ce texte et un aperçu de ses sources dans la correspondance de Mme Hugo, ici même.
Communication de Clara Gallière : Bienvenu : espaces de l’accueil et de l’hospitalité dans les romans de Victor Hugo (voir texte joint)
Discussion
Guy Rosa : Le sujet au fond est-il « habiter l’espace » ou « habiter les espaces » ?
Clara Gallière : Ma thèse est intitulée « Habiter le monde : habitations familiale, sociale et cosmique dans les romans de Victor Hugo »
Guy Rosa : J’ai l’impression que vous avez glissé d’un sujet, celui d’habiter l’espace, à un autre sujet concernant les conduites des personnages, comme celle de l’hospitalité. Un autre glissement concerne les relations entre les personnages. J’aurais bien aimé vous entendre parler de l’hospitalité de la pieuvre, c’est une hospitalité de la même veine que celle de Thénardier, en pire, en plus radicale.
Clara Gallière : Point n’est besoin d’être propriétaire, en effet, pour habiter quelque part, mais il faut tout de même une maison. Certains personnages habitent des lieux éphémères, ce qui permet de redéfinir la question de la propriété. Le mot est quelquefois employé de manière ironique – Ursus est propriétaire de perruques et ustensiles.
Guy Rosa : Ce qui caractérise la maison d’Ursus c’est qu’elle est sur roue et que c’est un théâtre. C’est un espace paradoxal et très étrange.
Florence Naugrette : Une maison sur roue, c’est un espace sans lieu.
Clara Gallière : Je ne suis pas sûre que les maisons mettent un terme à l’errance, dans les romans.
Nicole Savy : Dites-vous quelque chose du couvent ?
Clara Gallière : Je n’ai pas travaillé sur le couvent pour cette communication. Mais c’est un lieu qui a une évidente fonction maternelle.
Guy Rosa : C’est tout de même curieux que Hugo, qui a une imagination tellement spatiale et fabrique des lieux au centre de ses romans, ne fasse pas de même au théâtre. Je ne vois pas l’équivalent au théâtre de son invention romanesque abondante et bizarre en matière spatiale. Quant à la poésie, c’est une autre histoire.
Florence Naugrette : La question se pose tout de même au théâtre pour l’auberge du Roi s’amuse ou pour l’église de Mangeront-ils ?, et encore dans Lucrèce Borgia pour le festin chez la princesse Negroni. Lieux d’hospitalité traître…
Guy Rosa : En effet, mais ce ne sont pas des lieux remarquables. Rien d’équivalent à la Jacressarde des Travailleurs de la mer.
Florence Naugrette : Cela dépend de ce qu’en fait le scénographe : Vittez n’en fait rien par exemple. Mais Clara peut s’y intéresser sans crainte !
Didier Philippot : C’est compris dans le sujet, où se pose le rapport entre l’habitat et les modalités de l’hospitalité. Qu’est-ce qui définit une maison au fond ? Un toit suffit. Il n’y a pas de foyers solides, juste des foyers précaires. Et l’adoption l’emporte sur le régime de la filiation.
Guy Rosa : Dans Notre-Dame de Paris, ce n’est pas l’accueil d’Esmeralda qui est extraordinaire, c’est l’harmonie entre Quasimodo et son habitat ; les angles de la cathédrale s’adaptent à sa forme de bossu, comme l’écrit Victor Hugo.
Clara Gallière : Chantal Brière avait analysé ce type d’habitation dans sa thèse (« personnage et édifice mêlé »).
Jean-Marc Hovasse : On pense naturellement souvent à Hauteville House en vous écoutant.
Jordi Brahamcha-Marin : L’hospitalité peut devenir dangereuse chez Victor Hugo. On touche là à un point important de sa philosophie morale, dont on avait parlé dans notre journée d’étude sur Hugo, Michelet comme penseurs, en évoquant la thématique de la pitié hospitalière.
Marie Perrin-Daubard : Hugo cherche toujours à faire réfléchir le lecteur, son roman est un espace réflexif ; il envisage toutes les conséquences des actes, les positives comme les négatives.
Communication de Marie Perrin-Daubard : Barbarie et création chez Victor Hugo (voir texte joint)
Discussion
Gabrielle Chamarat : Votre thèse, que j’ai eu l’honneur de diriger, avait un sujet extrêmement ambitieux, et vous avez dû la réaliser en un temps limité. C’était un point de départ, que vous avez su faire fructifier, et l’on ne peut avoir que de l’admiration pour votre parcours intellectuel. Ceci dit pour expliquer l’espace de temps entre sa soutenance et sa publication. Grande mortalis aevi spatium…
Guy Rosa : Il faut préciser que ce que vous dites est pris dans une conception plus vaste de la représentation du progrès, entre le progrès linéaire, cumulatif, sur le modèle des connaissances ou de l’esprit humain, comme on disait au XVIIIe siècle, et la rupture et le bouleversement révolutionnaires, l’un s’accommodant difficilement de l’autre.
Marie Perrin-Daubard : En effet, mais Hugo essaie toujours de les faire tenir ensemble. Il refuse donc la logique réaliste ou scientiste, celle d’un Zola, dans laquelle la cause amène la conséquence, sans qu’il y ait de place pour l’avènement de la nouveauté. La logique révolutionnaire, elle, est ancrée dans le miracle, comme la conversion de Paul sur le chemin de Damas.
Guy Trigalot : Depuis les premiers écrits de Victor Hugo (« Le Poëte dans les révolutions », Odes et Ballades, I, I) jusqu’à Quatrevingt-Treize, on voit cette réflexion à l’œuvre, mais n’est-ce pas surtout dans La Légende des siècles qu’il l’a le mieux exprimée ?
Marie Perrin-Daubard : Oui, Claude Millet l’a montré avec notamment la logique des séries, séries de la Légende, mais aussi séries architecturales (les barricades, les phares, la Tourgue)… La force épique est certes très présente et puissante en poésie, mais les romans, qui offrent plus d’espaces de réflexion, restent plus explicites.
Victor Kolta