Séance du 11 avril 2026

Présents: Louise Alaime, Eleonora Bellentani, Patricia Berthelot, Coralie Bourgain, Jordi Brahamcha-Marin, Lena Maria Bruna, Brigitte Buffard-Moret, Françoise Chenet, Jacques-Rémi Dahan, Laetitia Daux, Robin Ducoloné, Baptiste Dumas-Piro, Clara Gallière, André Guyaux, Jean-Marc Hovasse, Florelle Isal, Victor Kolta, Hélène Mathieu, Florence Naugrette, Luciano Pelligrini, Hervé Pagnol, Guy Rosa, Marta Sukiennicka, Marie-Hélène et Adrien de Tricornot, Roselyne de Villeneuve, Jacques Werren.
Excusés : Gérard Audinet, Samantha Caretti, Catherine Delons, Bénédicte Duthion, Loïc Le Dauphin, Christine Ponsignon, Myriam Roman, Guy Trigalot.


Informations

Jean-Marc Hovasse annonce qu’il a reçu, et lu avec beaucoup d’intérêt, l’article de Caroline Raulet-Marcel, « L’insurrection politique et linguistique des esclaves dans Bug-Jargal de Victor Hugo, Vers la construction d’une polyphonie émancipatrice ? », Romanic Review 116 : 3, [numéro consacré aux altérités coloniales dans la littérature française du 17e au 19e siècle], décembre 2025, p. 577-602.

 

Suite du feuilleton Balzac : Louise Alaime a retrouvé ici même, avec l’aide toujours précieuse de Victor Kolta, le manuscrit de Mme Victor Hugo sur Balzac. Il était tout simplement relié à la suite des manuscrits du Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, montés sur onglets dans de gros albums reliés en cuir (a4783). Il existe deux versions de l’article, l’une d’entre elles portant des corrections stylistiques de la main d’Auguste Vacquerie. Hervé Plagnol, vice-président des Amis de Balzac jusqu’à hier, précise que ce texte avait été publié en 1998 dans le Courrier balzacien sans indication d’auteur, lacune rectifiée seulement deux numéros après la publication, sur avis indigné de Roger Pierrot qui avait donné l'attribution correcte dès 1962. Il évoque ensuite une lettre de Laure Surville contenant des renseignements sur son frère, adressée à un destinataire inconnu. Guy Rosa ajoute que l’intérêt de cet article est qu’il intervient assez tôt dans l’histoire de la biographie balzacienne, après les différents articles de Sainte-Beuve, certes, mais avant la publication de Laure Surville (Balzac, sa vie et ses œuvres d’après sa correspondance, Paris, Jaccottet, Bourdilliat et Cie, 1858 ; Mme Hugo est en correspondance avec elle, comme elle l'est, plus brièvement, avec Mme Hanska). L’article développe notamment l’idée, peut-être originale, que Balzac s’est toujours endetté pour s’obliger à écrire. Louise Alaime précise que ce sera aussi le propos de Laure Surville. George Sand tenait que le style de Balzac aurait été meilleur s’il n’avait pas dû sans cesse courir après l’argent, mais ce n'est pas contradictoire. Hervé Plagnol met en garde contre les articles de Sainte-Beuve, très vénéneux contre Balzac. Guy Rosa ajoute que Mme Hugo préparait d’autres articles sur Vigny, Musset, formant série dans une perspective qu’il faut bien qualifier de beuvienne, ce qui n’enchantait peut-être pas complètement son mari.

 

Florelle Isal signale la vente aux enchères « Souvenirs baudelairiens » du 22 avril prochain, organisée par la librairie Giraud-Badin chez Alde. Il sera aussi proposé ce jour-là, sans rapport avec ces précieux souvenirs, l’exemplaire de Châtiments offert par l’auteur à Louise Colet en visite à Guernesey, relié en pleine percaline rouge et agrémenté de l’envoi suivant sur la page de faux-titre : « À Madame Louise Colet / Hommage ! / Victor Hugo / Guernesey – 5 août / 1856 ».

 

Victor Kolta annonce dans les termes les plus élogieux la prochaine exposition de la place des Vosges, « Victor Hugo et l’architecture, De la plume à la pierre », dont le commissariat a été confié à Alexandrine Achille, et invite en son nom tous les membres du Groupe Hugo à son inauguration, le mercredi 10 juin. Il recommande enfin deux spectacles dont la Maison de Victor Hugo est partenaire, et pour laquelle elle propose des tarifs préférentiels sous forme de codes : 1° Valjean au Théâtre Essaïon, à Paris 4e, du 1er avril au 18 juin 2026 et du 3 au 25 juillet 2026 ; 2° Quatrevingt-Treize au Théâtre À La Folie, à Paris 11e, du 16 avril au 20 juin 2026.


Communication de Baptiste Dumas-PiroVictor Hugo solliciteur : s’en remettre à la “paternelle administration” de Rambuteau, préfet de la Seine (1833-1848) (voir texte joint)


Discussion

Florence Naugrette remercie Baptiste Dumas-Piro pour sa belle communication et lui demande son aide pour annoter les lettres de Juliette Drouet où il est question de Rambuteau, ainsi que pour refaire sa notice sur le site de la correspondance. À propos de la lettre où Juliette traite Rambuteau de « hideux cuistre », il est intéressant de voir qu’elle est solliciteuse par l’intermédiaire de Victor Hugo.

Baptiste Dumas-Piro : Oui, et j’aurais vraiment aimé retrouver la réponse du préfet.

Victor Kolta : Rambuteau était-il un défenseur acharné de la tradition « classique » en architecture, comme l’était Godde par exemple ?

Baptiste Dumas-Piro : Rambuteau conservait Godde comme architecte sans épouser pour autant ses partis-pris. En réalité il n’avait rien contre le gothique, comme on peut le constater à plusieurs occasions, fût-ce par la négative. Il prend par exemple la défense du néo-gothique (en l’occurrence pour la construction de l’église Sainte-Clotilde), et s’exprime aussi dans ce sens à l’Académie des Beaux-Arts, où il entre en 1843, comme à la Chambre des pairs, dont il était membre depuis 1835, dix ans avant Victor Hugo.

Françoise Chenet : Sait-on quel était le jugement de Victor Hugo sur le style Rambuteau à Paris ?

Baptiste Dumas-Piro : J’ai assez peu traité de l’architecture privée, car ce sont les goûts des particuliers qui s’expriment dans les ornements, notamment de façade. Mais il me semble que Hugo se désespère généralement du nouveau Paris de plâtre, du côté éphémère des nouvelles constructions, de la mauvaise qualité des matériaux. C’est Haussmann qui reviendra à la pierre de taille. Sans doute vaudrait-il mieux du reste parler de « style goddique » plutôt que de style Rambuteau. Hugo porte sur cette architecture contemporaine le même regard que sur l’architecture du XVIIIe siècle, qu’il n’aime pas.

Françoise Chenet : Il me semble qu’il faudrait lire de près Les Misérables, où se trouvent plusieurs références à Rambuteau, à propos des habitats sociaux (enfin il s’agit plus exactement d’allusions, car son nom est uniquement utilisé pour parler de sa rue, ce qui en dit peut-être long).

Baptiste Dumas-Piro : Oui, Rambuteau avait aussi une conscience sociale, même s’il se méfiait des dangereuses classes populaires. Il avait toutefois prévu que l’annexion des communes limitrophes, réalisée par son successeur en 1860, ferait monter les prix et chasserait les ouvriers dont il avait besoin pour ses travaux.


Communication de Jacques-Rémi Dahan : Jules Ziegler (1804-1856) et Victor Hugo, vingt ans d'amitié à travers leur correspondance (voir texte joint)


Discussion

Florence Naugrette remercie aussi Jacques-Remi Dahan pour sa belle communication et lui propose, comme à Baptiste Dumas-Piro, de l'aider à annoter quelques lettres de Juliette Drouet qu'il a citées, et de réviser la notice biographique de Jules Ziegler sur le site – qui est la dernière (par ordre alphabétique s'entend).

Hervé Pagnol : Vous avez évoqué, vers la fin de la vie de Ziegler, son activité de photographe. A-t-il compté parmi les pionniers ?

Jacques-Remi Dahan : Ziegler est un personnage étonnant. À deux périodes de sa vie, il met de côté la peinture et passe à autre chose. La première fois, il s'initie à la céramique, qui l'avait au demeurant toujours attiré, et fonde une entreprise semi-industrielle, la manufacture de grès salés de Voisinlieu, près de Beauvais, qui a produit pendant quelques années un certain nombre de vases reconnus et étudiés. Et puis, à partir de 1841 il découvre le daguerréotype et s'y consacre. Proche de Gustave Le Gray, de Nadar, mais beaucoup moins célèbre qu'eux, il compte ainsi effectivement parmi les pionniers de la photographie, à côté de son compatriote Joseph-Philibert Girault de Prangey, même si ses œuvres conservées dans ce domaine ne sont malheureusement pas nombreuses. On a rappelé aussi le rôle important qu'il a joué, en 1851, dans la Société héliographique.

 Victor Kolta