Séance du 6 juin 2026

Présents: Louise Alaime, Marwa Belladjou, Jordi Brahamcha-Marin, Lena Maria Bruna, Brigitte Buffard-Moret, Catherine Delons, Jérémie Galerne, Clara Gallière, Florence Gentner, Jean-Marc Hovasse, Victor Kolta, Hélène Kuchmann, Victoire Masschelier, Mme Moine Masako, Raísa Nogueira Medeiros, Hervé Plagnol, Christine Ponsignon, Juliette Porcher, Fabienne et Guy Trigalot, Sylvie Vielledent, Vincent Wallez.
Excusés (ou perdus en route) : Gérard Audinet, Patrice Boivin, Françoise Chenet, Arnaud Laster, Katherine Lunn-Rockliffe, Florence Naugrette, Marie-Laure Prévost, Myriam Roman, Guy Rosa, Maxime Sayer, Judith Wulf.


Informations

Jean-Marc Hovasse se fait le porte-parole de tous en remerciant Christine Ponsignon pour son invitation et son excellent accueil.

 

Il annonce la soutenance, aussi brillante que chaude, de la thèse de Victor Kolta, le 28 mai dernier.

 

La maison Victor Hugo a un nouveau directeur, nommé par intérim : Charles Villeneuve de Janti, historien de l’art et conservateur du patrimoine, ancien directeur des musées de Nancy, ancien directeur des collections et de la recherche à Paris Musées, et ancien directeur de l’établissement public des musées nationaux Jean-Jacques Henner et Gustave Moreau. Il avait été l’un des commissaires de l’exposition Notre-Dame de Paris de Victor Hugo à Eugène Viollet-le-Duc, dans la crypte archéologique de l’île de la Cité, à la fin de l’année 2020.

 

Le vernissage de la prochaine exposition de la Maison de Victor Hugo, « Victor Hugo et l’architecture, De la plume à la pierre », commissariat Alexandrine Achille, aura lieu mercredi prochain 10 juin. Victor Kolta annonce une foison de dessins originaux exposés. Tous les membres du Groupe Hugo y sont chaleureusement invités. Elle durera jusqu’au 22 novembre.

 

Alexandrine Achille, Thomas Cazentre, Clara Gallière, Jean-Marc Hovasse, Victor Kolta et quelques autres (dont Anselm Kiefer !) ont assisté à la conférence de Peter Sloterdijk au Panthéon sur Victor Hugo, mercredi dernier 3 juin, introduite par William Marx, et organisée par la revue Le Grand Continent. Le philosophe allemand, qui s’exprimait dans un bon français, a essayé de s’inspirer des hommages écrits par Victor Hugo (Balzac et Voltaire), puis a longuement comparé « les trois réformateurs blancs et barbus » du XIXe siècle : Tolstoï, Marx (Karl) et Hugo. Dans l’œuvre de Victor Hugo, à côté de scènes ultra connues (le vol de l’argenterie, l’évêque et le conventionnel), il a réservé une place un peu moins convenue à L’homme qui rit.  Mais son portrait de Victor Hugo ressemblait surtout à celui de Paul Lafargue, un peu à celui de Cocteau cité au moins deux ou trois fois pour le même bon mot (« un fou qui se prenait pour Victor Hugo »), et un peu à celui de Barrès, sinon de Jean-François Kahn (les prostituées de la veillée funèbre). Il est vrai qu’il s’est inspiré, de son propre aveu, de Max Gallo (résurrection inattendue), et ne semble pas avoir eu connaissance du livre que Walburga Hülk était venue nous présenter (Victor Hugo, Jahrhundertmensch)…

 

Katherine Lunn-Rockliffe, qui regrette depuis Oxford de ne pouvoir rejoindre Bièvres aujourd’hui, et qui rappelle que son travail sur Dieu doit beaucoup au Groupe Hugo où elle avait présenté une partie de ses recherches, signale que son article sur Victor Hugo Decapitating God: Revolution in Victor Hugo’s Le Livre des Tables and Dieu a reçu le prix 2026 du journal Dix-Neuf de la Society of Dix-Neuviémistes. À ce titre, il est disponible en ligne : https://uksdn.co.uk/dix-neuf-prize/. Un murmure d’admiration parcourt la salle.

 

Maxime Sayer, qui regrette lui aussi de ne pas être à Bièvres, interviendra samedi prochain 13 juin à la journée d’étude des doctoriales de la SERD (« Le sacrifice au XIXe siècle »), dans la bibliothèque Jacques Seebacher, à 16h : « Au nom du père, de la mère et de l’enfant : le sacrifice familial dans les romans de Victor Hugo ». Ajoutons qu’à 10h45 Gökçe Ergenekon présentera une communication intitulée : « “L’œil presque attendri de ces captifs”, Marginalisation et sacrifice de la vie animale dans la ville du XIXe siècle : Victor Hugo, Charles Baudelaire, Rosa Bonheur » ; et que la session 3, à 14h, « Sacrifier les belligérants », sera présidée par Victor Kolta.

 

Victor Kolta annonce la publication d’un Hugo de Gérard Gengembre aux P. U. F. (224 p., 16 €), et fait circuler le « Catalogue 2026 » de La Pléiade, à voler chez tous les libraires. Côté pile : Victor Hugo appuyé au Rocher des proscrits, par Charles Hugo, 1853 ; côté face : Alexandre Dumas, par Nadar, vers 1860.

 

Jean-Marc Hovasse annonce en exclusivité le calendrier des séances du Groupe Hugo pour l’année prochaine :
Samedi 3 octobre 2026
Samedi 7 novembre 2026
Samedi 12 décembre 2026
Samedi 9 janvier 2027
Samedi 13 mars 2027
Samedi 24 avril 2027
Samedi 5 juin 2027


Communication de Jordi Brahamcha-MarinÀ. Q. C. H. E. B., 1817 (voir texte joint)


Discussion

Jean-Marc Hovasse remercie l’orateur pour sa communication très complète, qui résonne étonnamment chez Louise Bertin : on oublie toujours que Victor Hugo n’a pas écrit qu’un seul livret d’opéra (La Esmeralda), mais deux !

Sylvie Vielledent : Deux petites remarques me viennent à l’esprit. D’abord sur le genre du proverbe, qui est au départ un genre ludique, mais qui devient assez vite, au début du XIXe siècle, de plus en plus satirique, incluant parfois une critique sociale. Ensuite cette pièce est très ancrée dans le XVIIIe siècle, son hasard évoque Le Jeu de l’amour et du hasard, mais on pense aussi à Jacques le Fataliste et son maître.

Jordi-Brahamcha-Marin : Merci beaucoup pour ces suggestions. En 1817, Hugo a peut-être eu déjà accès aux volumes de théâtre de Carmontelle.

Hervé Plagnol : Et Marivaux ?

Jordi Brahamcha-Marin : C’est bien possible, mais pas attesté.

Vincent Wallez : Je ne crois pas qu’il soit fait mention dans la pièce du vrai père des deux frères. Son absence est-elle interprétable biographiquement ?

Jordi Brahamcha-Marin : En effet, il est absent. Mais on trouve deux figures de pères de substitution ; l’un dégradé, l’autre qui s’infléchit en père défaillant…

Vincent Wallez : Peut-on émettre l’hypothèse qu’à cet âge Hugo montre une intention parodique dans les répliques ridicules et parfois creuses de ses personnages ? Fait-il déjà du second degré ?

Jordi Brahamcha-Marin : Difficile à dire ! Dans ses pièces à peu près contemporaines, comme dans la tragédie Irtamène, on ne trouve pas un tel recul. En tout cas on ne peut pas dire que la parodie soit évidente…

Guy Trigalot : L’année suivante, Eugène et Victor vont concourir ensemble aux Jeux Floraux de Toulouse, et pour comble d’infortune la pièce couronnée d’Eugène sera signée Victor. Peut-on imaginer qu’Eugène a participé à l’écriture d’A.Q.C.H.E.B. ?

Jordi Brahamcha-Marin : Excellente question ! Pour y répondre, il faudrait avoir accès aux lettres de Félix Biscarrat, dont j’ai parlé. Celles qui sont connues mettent régulièrement les deux frères en rivalité. Elles soulignent aussi l’écart qui se creuse entre Eugène, souvent rabaissé, et Victor, toujours exalté. Le manuscrit déposé au Théâtre-Feydeau (opéra-comique) est signé « M. Hugo », mais les commentaires des lecteurs du comité mentionnent quelquefois les « auteurs » au pluriel. Ceci dit, la pièce est bien dédicacée à sa mère par le seul Victor. La participation d’Eugène, si on ne peut pas complètement l’exclure, serait tout au plus mineure.

Hervé Plagnol : Vous avez mentionné l’existence d’un compositeur. En sait-on davantage ?

Jordi Brahamcha-Marin : Louis Barthou hélas ne le mentionne pas non plus.

Jean-Marc Hovasse : Peut-être faudrait-il relire à la loupe « L’Année 1817 » des Misérables pour y trouver la clé (de sol) de cette énigme...

 

La conversation continue sur les représentations d’A.Q.C.H.E.B. Il semble qu’elle ait été créée, sur le mode parodique, lors d’une représentation scolaire des années 1950 ou 1960, puis jouée en 2002, l’année du bicentenaire.

 

Hélène Kuchmann : Y a-t-il des didascalies, des jeux de scène ?

Jordi Brahamcha-Marin : Oui, elles sont nombreuses, souvent centrées sur le mouvement des personnages, en plus de quelques jeux de scène, notamment celui de la fuite. Le registre bouffon a peut-être contribué au rejet de la pièce par le Théâtre-Feydeau. Il y a également des déguisements.

Vincent Wallez : Et du latin !

Brigitte Buffard-Moret : Et des jeux sur les patronymes !


Communication d'Hélène Kuchmann : Nocturne latent et rêve éveillé dans le Théâtre en liberté


Discussion

Sylvie Vielledent : Vous avez admirablement mis en valeur l’aspect puissamment baroque du Théâtre en liberté.

Hélène Kuchmann : Oui, Shakespeare (Le Songe d’une nuit d’été) et Calderón sont ses deux divinités tutélaires. Il y a des effets de reflets et de miroirs derrière cette farandole baroque.

Sylvie Vielledent : Ces retournements et ces renversements expliquent en grande partie le goût des metteurs en scène brechtiens pour ce théâtre-là de Victor Hugo.

Hélène Kuchmann : Oui, la méta-théâtralité est un des aspects du rêve au théâtre. Le songe permet de mettre en place un dispositif qui met une distance entre les personnages et les spectateurs.

Vincent Wallez : Les précipices ne sont pas seulement dans le décor, ils sont aussi internes. On plonge, à la lettre, dans le rêve. De ce côté-là, on s’éloigne du baroque pour se rapprocher de l’esthétique du XVIIIe siècle, de l’opéra et de ses illusions. Ce n’est pas pour rien que l’héroïne de L’Intervention s’appelle Mademoiselle Eurydice.

Hélène Kuchmann : Oui cette notion de précipice est opérationnelle… Il me semble que deux logiques se superposent : l’une horizontale, l’autre verticale. Le seuil horizontal, par exemple, est explicitement représenté par le parapet dans Mangeront-ils ?, tandis que dans Torquemada tout se joue, pour ainsi dire, entre le dessous et le dessus.

 Jean-Marc Hovasse et Victor Kolta